Une Expérience, une première Expérience

    C’est au nom de l’ensemble des membres du projet “Une Nouvelle école à Djilas” que je prends aujourd’hui la parole pour vous rapporter cette Expérience, cette première Expérience.

    Initialement, c’était notre volonté de découvrir les missions de la Congrégation des Sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve qui était à l’origine de ce projet. En effet, nous pouvons dire aujourd’hui, que depuis notre lycée Chavillois l’envergure de leur action, de leur déploiement et de leur engagement à l’international est largement méconnu et sous-estimé.

    L’équipe du projet s’est constituée autour d’un noyau dur de seize personnes, douze élèves de première et de terminale du Lycée Saint-Thomas de Chaville, supervisés par Laurence Schlegel, Karine Dos Santos, membres de l’équipe pédagogique du Lycée, Alipio Dos Santos et Mère Marie-Delphine. Sans oublier le soutien d’autres personnes ne pouvant malheureusement pas se joindre à nous lors du départ.

    Une fois l’idée énoncée, nous avons souhaité l’ouvrir, la développer autour d’une question simple : que pouvons-nous apporter aux populations touchées par l’action de la Congrégation ?

    Par une réflexion collective, nous avons fait le choix de répondre à un besoin d’envergure, la rénovation de l’école des Sœurs à Djilas au Sénégal. Plus la mise en place du projet progressait, mieux nous comprenions les besoins spécifiques qui lui étaient liés, mais ce n’est bien sûr qu’une fois sur place que nous avons découvert la réalité des classes et leur piteux état. Et lors de nos rencontres avec les jeunes élèves de Djilas, le projet a pris une dimension supplémentaire : ils ont besoin d’avoir des locaux à la hauteur de leur réelle envie, de leur réelle soif d’apprendre.

    Nous sommes partis le 28 Juillet 2014 pour Dakar.

    Dès notre arrivée, nous avions changé de monde et c’est avec un certain plaisir que nous découvrions les us et coutumes sénégalaises.

    A peine quelques heures après notre atterrissage nous étions confrontés à la réalité des missions de la Congrégation : le temps d’une nuit, nous nous sommes établis dans le centre pour enfants handicapés l’Abri des sœurs à Dakar. Et dès le lendemain nous prenions la route de Djilas, le village que nous n’allions pas quitter, sauf lors de rares excursions, pour les trois prochaines semaines.

    Chaque jour passé là-bas fut un moment unique de partage et de découverte.

    Concernant le chantier, nous l’avons vécu comme une entreprise communautaire, ne pouvant seulement aboutir qu’avec les capacités physiques de chacun mais aussi avec une motivation et un moral au beau fixe, deux aspects absolument essentiels. Deux semaines et demi de travaux intenses sont passées et le contrat a été rempli avec succès et surtout avec professionnalisme : bien sûr, tous les jours ne furent pas merveilleux, cependant l’état final des classes est simplement “Magnifique” des propres mots des principaux intéressés, les élèves. Plusieurs centaines de kilos de peinture ont été appliqués sur des murs largement déteints, grossièrement fissurés et troués. Les détails n’ont pas été oubliés et les finitions ont été réalisées avec soin. Ce sont huit salles de classe qui ont été refaites à neuf : lessivage, masticage, peinture des murs intérieurs, peinture des tableaux, ponçage puis peinture des volets, et crépi extérieur pour deux classes, ce dernier point réalisé par quatre maçons avant notre arrivée sur les fonds récoltés.

    Ce chantier fut réalisé au côté de notre peintre Pape, artisan local engagé pour nous aider dans la réalisation des différents mélanges de peintures et lors des moments les plus techniques. Quelqu’un de passionné, d’une grande compétence technique.

    Egalement présents, des membres plus spécifiques de la région, les scouts : par ces derniers qui nous accompagnaient tous les jours sur le chantier, nous avons fait la rencontre de personnalités extraordinaires - notamment Alphonse, chef des scouts, handicapé moteur, présent en siège roulant à chaque étape de la rénovation. Vous nous avez beaucoup appris : le courage qu’il faut toujours avoir, une envie insatiable d’aller au bout des choses, et une immense joie de vivre couplée à une réflexion précise omniprésente.

    En plus de leur aide essentielle pour les travaux, ils n’ont pas hésité à partager concrètement leur quotidien, à nous faire vivre à la Sénégalaise.

    Cela doit commencer à transparaitre dans cet écrit : outre le chantier à réaliser, nous avons très rapidement compris la place immense qu’allait occuper la Teranga, ce légendaire accueil Sénégalais : lors de chacune de nos rencontres, nous avions des échanges réellement authentiques, réciproques, intéressés et intéressants. Tous uniques.

    En premier lieu la population Djilassienne, ses femmes et ses hommes, ses nombreux enfants, ses chrétiens et surtout ses musulmans. C’est avec une tolérance certainement inégalée ailleurs dans le monde, que nous nous sommes confrontés à leurs réels besoins. Très loin de notre train-train quotidien de Parisiens, de nos caprices, de notre ultra-connectivité, nous avons pris le temps pour comprendre et retrouver les besoins élémentaires. Un temps certain qui s’imposait de lui-même tant la situation pouvait être grave. Par exemple la saison des pluies qui avait un mois et demi de retard, entrainait un décalage considérable de la période d’hivernage, et un désespoir non négligeable des populations.

    Autours d’une rencontre avec le Chef du Village, nous avons pris un contact direct avec les subtilités du système politique local. Une mission à part entière, légèrement opaque sous certains aspects, mais qui n’en perd pas pour autant son charme et son utilité concrète.

    Pour finir, le 15 août, à leur invitation nous avons pris part avec une immense joie à leurs festivités : célébration, courses à pied et concours de danse. Un moment unique pour mieux découvrir leur culture.

    Lors de ces trois semaines, nous avons partagé quotidiennement la vie des Sœurs et une part de leur engagement. Nous avons noué des liens puissants et persistants avec ces personnes. Plus important, nous avons compris leur mission. Ce projet s’était construit en partie autours de cet objectif, et nous avons d’ailleurs pu participer à la célébration des 25 ans de vie religieuse de Sœur Marie-Sébastien.

    Au cours de deux après-midi, nous avons pris des charrettes pour aller découvrir les écoles de brousses de la région de Djilas : en effet, la congrégation des Sœurs gère une école située dans Djilas ainsi que quatre autres établissements, d’une envergure souvent égale à celui que nous avons rénové, dans les bourgs environnants. Nous avons été confrontés à des locaux très dégradés, dans un état inquiétant voire dangereux du point de vue de la sécurité. Ce fut également l’occasion de rencontrer les professeurs qui animent ces classes, des personnes formés par la congrégation, dévoués à l’apprentissage de leurs élèves. Difficile est de constater que leurs moyens matériels sont tout particulièrement minimalistes, l’accès à des cahiers et des stylos pour les élèves est plus que limité. Mais l’espoir de voir les choses s’améliorer n’est pas abandonné. Peuvent en témoigner des phrases écrites sur les murs de ces classes : “Ce qui est significatif pour l’enfant réside [résiste] mieux à l’usure du temps”.

    C’est d’ailleurs dans ces établissements de brousse que nous avons émis la volonté de répondre rapidement aux besoins les plus urgents des éducateurs et des enseignants. En effet, lors de notre course contre la montre pour récolter des fonds nos recettes ont dépassé nos prévisions et maintenant que les dépenses sont faites, les fonds encore disponibles seront en partie alloués à leurs causes.

    Enfin comme le laisse penser le titre et le passage précédent, nous avons réalisé un premier chantier, premier d’un projet plus grand qui est d’offrir la possibilité d’aller à la découverte de l’Autre et de l’Ailleurs. Ainsi en lien avec les missions à l’étranger de la Congrégation des Sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve, cette belle initiative est destinée à être renouvelée tous les deux ans.

    Je conclurais cet article par un ressenti collectif :

    Nous sortons de cette expérience reconstruits ! Certes nous avons été acteurs sur place, mais nous avons tant reçu des Scouts, des Sœurs et des Sénégalais que nous ne pouvons qu'en sortir bluffés, voire désorientés. Nous avons vécu une véritable leçon de vie et de partage que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

    Nous remercions chacune des personnes, associations et entreprises qui ont contribué à l’existence d’un tel projet.

    Nous ajoutons également une mention particulière aux Sœurs du Sénégal qui nous ont accueillies avec une hospitalité remarquable et remarquée.

     

    Florent Chehab, Membre du projet "Une Nouvelle école à Djilas"

     

    Article écrit dans le cadre des retours faits à notre soutien, le Rotary Club de Chaville.